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Que faire face à la pollution des océans par les plastiques ?

Le _ Catégorie : Risques pour l'environnement

Si rien n’est fait, la mer comptera en 2050 plus de plastiques que de poissons… Le défi est vaste mais des solutions se dessinent, exigeant l’implication de tous.

Elle cite Saint-Exupéry, comme pour mieux se faire entendre. « Je naviguais à mille milles de toute terre habitée, en plein milieu de l’océan. Et pourtant, même là, il y en avait : des bidons, des sacs, des pains de polystyrène… Dans les cinquantièmes hurlants, je me souviens avoir vu des dizaines de sacs échoués… Mes premières colères sont nées là », raconte la navigatrice Catherine Chabaud, qui n’a, depuis, cessé de s’engager.

Plus de huit millions de tonnes de plastiques sont déversées chaque année dans la mer, bouteilles, emballages, résidus industriels, etc. D’après l’ONU Environnement, si rien n’est fait, il y aura davantage de plastiques que de poissons dans les océans en 2050… Et si la prise en compte de ce fléau a fait de réels progrès – début décembre, 200 pays réunis à Nairobi ont signé une résolution des Nations unies, possible prélude à un traité international sur la pollution plastique –, tout reste à faire. « Il est clair qu’on ne nettoiera pas les océans d’une pollution à grande échelle qui a démarré il y a cinquante ans, poursuit Catherine Chabaud. On a retrouvé du plastique au-delà du cercle polaire et dans des failles océaniques profondes. Mais on peut agir, en réduisant de façon drastique tout ce qui part à la mer. »

De fait, 80 % des déchets marins viennent des continents et sont pour la plupart issus de la consommation courante. En mer du Nord, seuls 10 % des déchets sont d’origine industrielle. « Les gens n’imaginent pas que lorsqu’ils jettent un déchet par terre, il va se retrouver au beau milieu de l’océan, fait remarquer Antidia Citores, la porte-parole de Surfrider France. Un mégot – qui contient du plastique – passe par le caniveau et finit très souvent sa course à la mer, où il pollue 500 litres d’eau à lui tout seul ! » Une bouteille en plastique mettra plus de quatre cents ans à se dégrader, un forfait de ski… environ mille ans. « En réalité, un grand nombre de paramètres comptent dans la dégradation des plastiques, précise Jean-François Ghiglione, directeur adjoint de l’Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer. Quels sont les polymères en présence ? À quelle profondeur se trouvent les déchets ? etc. Il est donc difficile d’appréhender leur dégradation dans le milieu naturel. » « Mais une chose est sûre, poursuit le chercheur du CNRS, nous déversons de telles quantités de plastiques que la nature ne peut pas suivre. »

Or, les effets sur l’environnement sont multiples. Les « macrodéchets », visibles à l’oeil nu, sont délétères pour un grand nombre d’espèces : étranglement, étouffement, noyades, etc. « Les poissons et certains mammifères continuent d’être piégés par les filets abandonnés, on parle de pêche fantôme », indique François Galgani, à l’Ifremer (1). En France, 36 % des tortues caouannes échouées ont des déchets dan s l’estomac. Mais ce sont surtout les « microplastiques » qui inquiètent, ces particules inférieures à 5 mm constituant l’essentiel du problème.

« Ce qui m’a frappée, en arrivant dans le gyre de l’Atlantique Nord (l’une des principales zones d’accumulation, lire les repères, NDLR), c’est qu’on ne voit pas la pollution », se souvient la chimiste Alexandra Ter Halle (CNRS), de l’université Paul-Sabatier de Toulouse. « Mais il suffit de plonger un filet à plancton pour ramasser des centaines de tout petits morceaux de plastique. » L’expression de « 7e continent » est donc trompeuse. Car la pollution visuelle pèse peu au regard de ces milliards de particules qui s’infiltrent dans la chaîne alimentaire et servent de supports – sortes de radeaux de fortune – à de nombreuses espèces et pathogènes pour aller d’un continent à l’autre. « Six ans seulement après le tsunami au Japon, 289 nouvelles espèces – des vers, des crustacés, des mollusques, etc. – sont apparues aux États-Unis, fait observer François Galgani. Nous n’avons aucune idée précise de la menace que ces flux représentent pour la biodiversité et la propagation des maladies. » Certains scientifiques y voient une « bombe à retardement ».

Il y a donc urgence. Mais, « pour l’essentiel, la solution ne se trouve pas en mer, car lorsque les plastiques y sont, c’est déjà trop tard », estime Jean-François Ghiglione. De fait, l’impact des opérations de nettoyage reste aujourd’hui assez limité, même si des prototypes d’un nouveau genre sont à l’étude. L’« Ocean Cleanup » du Néerlandais Boyan Slat – un concept de filet recueillant les déchets poussés par les courants – doit encore faire ses preuves. Quant à la larve présentée il y a quelques mois comme une « dévoreuse » de polyéthylène, « rien ne prouve encore que le plastique est totalement biodégradé » par son organisme, note le chercheur de Banyulssur- Mer.

« La clé, c’est la prévention des déchets à la source, insiste de son côté Antidia Citores, de Surfrider. Et pour cela, il est crucial d’informer les consommateurs, pour faire évoluer les comportements » : limiter les emballages, l’usage unique – « un sac plastique, c’est 20 minutes d’utilisation mais 450 ans de pollution » – troquer le plastique pour d’autres matières, etc. « Le coton-tige fait partie des objets les plus fréquemment retrouvés en mer. Or il existe des alternatives comme l’Oriculi, un cure-oreilles en bois qui se nettoie après usage », illustre sa collègue Diane Beaumenay. Au 1er janvier, les cotons-tiges à usage domestique, ainsi que les microbilles de plastiques dans les cosmétiques rincés, seront interdits en France.

Pour Jean-François Ghiglione, à l’Observatoire océanologique, la lutte contre les plastiques en mer passe aussi par un « changement de paradigme » dans la conception des objets. « Jusqu’ici, le polyéthylène était conçu pour durer ; désormais, la recherche travaille sur des polymères moins polluants, biodégradables ou recyclables. » Car chacun s’accorde pour reconnaître les grandes qualités du plastique, matériau léger, résistant et peu cher… En France, le gouvernement vise 100 % de plastiques recyclables en 2025.

(1) Co-auteur de Une mer propre, mission impossible ?, avec Isabelle Poitou et Laurent Colasse, Éditions Quae, 2013, 22,50 €.

A lire dans LA CROIX daté mardi 19 décembre 2017

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